Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

SE SOUTENIR  MUTUELLEMENT  DANS  L'ADVERSITE

Dans la "guerre" (terme présidentiel!) contre ce virus menaçant,
je préparais hardiment ma paroisse à l'affrontement,
soucieux, avant tout, de la sécurité de tous.

 

Mais c'est un autre adversaire que je n'ai pas su voir venir.
Et pour cause! Pour m'atteindre plus sûrement, il avait pris soin, d'abord, de décoller l'une de mes rétines.
"A vaincre sans péril...."

 

Pourtant, je voyais bien (hum!) que ma vision devenait moins nette.
Mais je me fiais à mon coup d'œil habituel, hélas, il s'agissait de l'autre!
A la consultation, branlebas de combat (encore la guerre!).
Décision d'opérer prise en toute urgence! Pas une minute à perdre!
Dans la clinique réquisitionnée (pas pour moi quand même!),
je suis l'unique patient, sujet de tous les soins..

 

Escouade de soignantes rivalisant d'égard autour de ma personne.
Un vrai traitement d'Emir dont je me serais bien passé.
Intervention longue, à mes yeux, plutôt à mon œil..
L'anesthésie légère permettant de tout suivre et de ne rien comprendre.
Vocabulaire abscons, appareils inquiétants, sonorités étranges..
Immobilité absolue: effet d'être un gisant sur fond de Cathédrale!
Sauf que ma couronne était une charlotte informe et disgracieuse.

 

Et pendant ce temps-là, l'imagination vagabonde: 
remontent à la mémoire des scénarios sinistres et des films d'horreur!!
Mais l'on finit par prier pour que le maître d'œuvre garde la main sûre et le geste précis.
A ce "deus omnipotens" mais surtout au Dieu de Miséricorde, on ne peut que s'abandonner.
Enfin, au travers du champ opératoire, qui enfouit mon visage,
parvient, même étouffé, comme un verdict céleste: 
"C'est fini! Tout s'est bien passé!". "Ouf!"
Merci mon Dieu!

 

Désormais, je suis entré en convalescence: une vie au ralenti que je connais déjà..
Il faut se ménager, éviter les efforts, limiter les mouvements: faciliter le recollement.
Jusqu'ici, tout va bien. Dans l'attente de retrouver mon acuité visuelle..
Opportun confinement qui m'oblige au retrait.
Merci à tous les signes d'amitié, d'encouragement et de prière manifestés.

 

Depuis, ma paroisse, avec toutes les autres, est à l'arrêt.
Le Père Béranger finit d'enterrer son papa.
Seule Béatrice, en sentinelle tenace monte la garde (toujours la guerre!).
Merci à elle, et à tous ceux et celles qui ouvrent nos églises , assurent l'essentiel.


Décidément, il est des périodes de la vie, ou des moments de l'histoire, où l'on est ramené à sa mesure fragile et vulnérable. 
Le danger pourtant microscopique atteint quasiment la planète.
Qui aurait cru cela dans notre monde hypertechnologique et si sûr de lui?
Pour nous les chrétiens, pas moins préservés, cela survient en temps de Carême!
Nous sommes contraints de le vivre en solitude confinée.
Puissions-nous ne pas nous enfermer , et nous replier sur nous- mêmes.

 

Peut -être une occasion de vivre ce désert différemment, 
avec une prière, un partage et des privations renouvelés pour revenir sûrement au Seigneur.
Pensons d'abord aux victimes et leur épreuve , aux soignants et leur fatigue, à tous les intervenants indispensables et réquisitionnés, pour nous...

 

C'est l'occasion de reprendre conscience que nous ne sommes pas chrétiens pour nous seuls mais pour les autres.
En ces jours, si particuliers, faisons l'expérience de notre paroisse "hors les murs" habituels, hors les lieux de rassemblements familiers.
Sentons-nous en communion spirituelle, en prière communautaire diffuse , les uns pour les autres.

 

Soutenons-nous mutuellement: imaginons des manifestations d'amitié, de présence, de réconfort, d'apaisement. Les moyens modernes le permettent
Surtout pour les plus isolés, fragiles, éprouvés, désemparés..
Faisons -nous des listes de noms et partageons les.
Inventons des services à rendre...

 

C'est une autre façon de vivre la spiritualité de l'Eucharistie.
Habituellement , quand nous communions au Corps du Christ qui s'est livré pour nous, nous le faisons aussi pour les autres, ceux qui ne sont pas là.
Car le Corps du Christ est livré pour la multitude.
Mettons à profit ce temps de Carême, décidément inattendu et insolite, pour favoriser un vrai retour sur nous- mêmes, un recueillement conséquent, un élan plus fort vers le Seigneur.

 

La lettre pastorale de notre Evêque, outre les mesures concernant le culte, nous propose des moyens spirituels pour donner du sens à ces contraintes et nous invite à la confiance et à l'offrande de soi.
 

Quant à moi, votre pasteur, dans mon ermitage silencieux, je ne vous oublie pas , vous portant dans ma prière constante.
Avec mon œil valide, tous les jours, je célèbre la messe à vos intentions et à celles du monde en souffrance.
L'autre, pour l'instant, non encore remis, scrute intensément les premières lueurs d'un monde nouveau, purifié , guéri , illuminé d'une vie nouvelle, surgissant des ténèbres du mal et de la mort.
Comme un matin de Pâques.

P. Dominique Sentucq

20 mars 2020

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

À propos

Paroisse St-Jean-Baptiste d'Arcangues


Voir le profil de Paroisse St-Jean-Baptiste d'Arcangues sur le portail Overblog

Commenter cet article